France Culture : Les faux naïfs des emprunts toxiques
Petit retour sur les prêts toxiques et les conditions qui ont favorisé le surendettement de nombreuses collectivités dont le CG93.
Philippe Manière revient sur l’étude de 2 sociologues qui ont décortiqués les prêts contractés pour beaucoup en 2007-2008. Selon cette étude, difficile d’avancer que les élus étaient juste incompétents… En attendant tout le monde en paye le prix. Bill
[…] le ministre du Budget vient d’annoncer un second plan d’aide aux collectivités locales et aux hôpitaux ayant contracté des emprunts dits « toxiques » avec, à la clé, un doublement du fonds de soutien qui coûtera finalement à l’Etat la bagatelle de 3,5 milliards d’euros – même étalée sur 15 ans, c’est une somme colossale. De quoi s’agit-il ? Et bien, dans les années qui ont précédé la crise de 2008, des communes, des départements, des hôpitaux français s’étaient endettés – bon là, rien que de très normal, c’est légal et, à certains égards, c’est même recommandé pour pouvoir investir – mais ils s’étaient endettés en recourant à des produits financiers dits « structurés » qui souvent combinent, avec l’euro, des devises étrangères le franc suisse ou le yen par exemple. L’avantage, c’est que cela permettait d’obtenir des taux d’intérêt plus bas pendant quelques mois ou quelques années, mais le prix à payer pour cela, c’est que ce taux pouvait, ensuite, au gré des fluctuations des devises, remonter très fortement – et c’est ce qui s’est passé pendant et depuis la crise, certaines collectivités doivent aujourd’hui faire face à des taux d’intérêts délirants de 20 ou 30% alors que, comme vous savez, on emprunte aujourd’hui à 1 ou 2%.
D’où l’appellation d’ « emprunts toxiques », les collectivités se sont fait embobiner…
[…] l’histoire qu’on raconte partout est celle de pauvres élus roulés dans la farine par des banquiers cupides qui leur ont presque fourgué de force des prêts frelatés. […]la vérité est un peu différente, et c’est ce que viennent de montrer deux économistes, Boris Vallée, de la Harvard Business School, et Christophe Pérignon, d’HEC. Leur étude […] s’appuie sur le croisement de deux énormes bases de données, […] tout le portefeuille de dette des 300 plus grosses collectivités locales à la fin 2007, et ensuite toutes les transactions effectuées à l’époque par Dexia, banque aujourd’hui défunte […] leurs conclusions sont loin, très loin de la doctrine officielle…
Que voulez-vous dire ?
[…] s’agissant des villes, les prêts toxiques ont principalement été souscrits peu de temps avant les municipales de 2008 […] Deuxième notation intéressante : les transactions qui ont mal tourné sont bizarrement beaucoup plus nombreuses dans les villes dont le maire sortant était menacé d’être battu. Enfin, troisième point: pour l’essentiel, les économies de frais financiers réalisées à court terme grâce à ces prêts structurés ont été « recyclées » par les élus en baisses d’impôt opportunément annoncées juste avant les élections. Et, de fait, en retraitant les données pour écarter les artefacts, Vallée et Pérignon établissent que le recours aux emprunts toxiques a accru la probabilité de réélection des élus qui y avaient recours. Au total, les prêts toxiques ont donc d’abord été utilisés comme un moyen de séduire l’électeur en repoussant à plus tard le coût des cadeaux qu’on leur faisait[…]
Mais il s’agissait de produits complexes que beaucoup d’élus ne comprenaient sans doute pas !
[…] c’est ce que disent les intéressés, mais on n’est pas obligé de les croire. […] pour l’essentiel, on parle de collectivités puissantes et bien équipées, disposant généralement d’un directeur financier recruté sur le marché et loin d’être niais. […] Boris Vallée affirme même que si l’on a passé le bac il faut 10 minutes pour comprendre… Pas la peine d’être polytechnicien […] pour comprendre que le risque de voir les taux exploser n’est pas anodin et que les mouvements de change sont imprévisibles, si bien qu’emprunter à faible coût sous réserve que le zloty polonais ne grimpe pas plus vite que le franc suisse est une folie pure. Pour bien établir si c’est un problème de compétence qui est en jeu, les auteurs de cette étude ont d’ailleurs regardé dans le détail la formation des élus qui avaient souscrit à des prêts toxiques par comparaison aux autres. Et bien, vous allez rire, ceux qui ont plongé sont en moyenne beaucoup plus qualifiés que ceux qui ont résisté – les élus chefs d’entreprise ou anciens hauts-fonctionnaires, par exemple, se sont jetés dessus, les élus issus de milieux ouvriers ou paysans, eux, ont été beaucoup plus rétifs. […]
[…] je voudrais seulement qu’on arrête de nous faire croire que les prêts toxiques sont tombés du ciel comme une plaie d’Egypte, ou que des méchants banquiers ont abusé d’élus innocents et vulnérables. […] la vérité, c’est-à-dire que nous allons, nous tous contribuables, sauver, par solidarité, des villes dont les élus ont délibérément joué avec le feu. […]
Les élus qui ont eu recours à ce type d’emprunt l’ont donc fait en toute connaissance de cause en hypothéquant l’équilibre financier de leur collectivité.
Ces politiciens ont donc privilégié leur carrière politique au détriment du bien public.
En bout de chaîne, c’est le contribuable qui va sortir le porte monnaie pour éponger les dettes abyssales.
Circonstances aggravantes, ils nous prennent pour des imbéciles.
On doit en tirer les conclusions qui s’imposent en ne votant pas pour les élus à l’origine de ces emprunts toxiques.
2008 l’année des jeux olympiques de Pékin.
Les communistes règnent sur la Seine-Saint-Denis.
Au Conseil Général le vice-président adjoint aux finances signe l’emprunt Dualys Optimisé avec la banque Dexia et sa diabolique formule de calcul des intérêts.
Les conseillers généraux socialistes se taisent.
Les élus socialistes du CG93 savent bien que le Parti Communiste Français surendette la Seine-Saint-Denis depuis 2004.
Mais ils laissent faire.
Il y a donc un double scandale en 2008 :
– celui du PCF qui rend la Seine-Saint-Denis indésirable aux autres partis en cumulant 900 millions d’euros d’en cours d’emprunts (en 2015 cet encours dépasse 1,1 milliard)
– celui des nombreux élus PS qui n’informent leurs concitoyens
A partir de 2009 des efforts ont été fait pour désendetter le département de Seine-Saint-Denis. Mais la distribution massive de subventions aux associations continue et la dette continue d’augmenter.
Pour le PS et le PCF, les Conseils Généraux c’est alimentaire.
Les dimanches 22 et 29 mars 2015 lors des élections départementales il faut sanctionner ces deux partis.
@Thomas. D’accord avec vous mais c’est tout de même le PS qui a renégocié la dette pour passer à un taux fixe et ne conserver que 12% d’emprunts toxiques au lieu de 91%.
Je préfère nettement le PS au commande du 93 plutôt que le PC et un pari sur la droite me semble un peu risqué, bien que j’apprécie fort Philippe Dallier un des rares élus UMP à avoir toujours défendu une métropole du Grand Paris intégrée avec de réels pouvoirs (tout comme le PS 93).
Je ne suis pas un fan inconditionnel du PS mais je rejoins Cristino sur le fait que c’est ce parti qui a renégocié la dette.
Ce qui pourrait arriver de pire, c’est que ce département soit de nouveau géré par l’alliance PC/Front de gauche.
Ce qui est le plus sidérant dans cette histoire d’emprunts toxiques du CG du 93, c’est que ce sont des élus communistes qui ont contracté ces emprunts avec des taux d’intérêt indexés sur le franc suisse ou sur des indices déterminés par les marchés financiers ! Des communistes qui font leur miel des marchés spéculatifs, qu’ils accusent pourtant d’être le diable, on aura tout vu.
Si cela avait été au moins des emprunts auprès de banques russes, on aurait retrouvé certaines traditions, mais apparemment, même ces relations privilégiées à l’Est, les communistes l’ont perdu aujourd’hui au profit des dirigeants du FN. Et maintenant que le PC fricote avec des intégristes religieux, on a l’impression que l’histoire de ce parti se termine en une énorme farce qui n’est d’ailleurs pas très drôle pour les habitants du 93…